Hyères une ville d’histoire et de patrimoine

Sainte-Marie-des-Anges. à hyeres

Sainte-Marie-des-Anges. à hyeres

La fertilité de la vallée d’Hyères, son heureuse situation, la sûreté de la rade qui s’étend entre le continent et les îles, ne permettent pas de douter qu’une bourgade importante ne s’élevât autrefois sur l’emplacement occupé par la ville d’Hyères ; mais rien n’autorise à croire que cette bourgade fût l’antique Olbia des Phocéens, sujet de tant de discussions archéologiques. Les premiers documents écrits constatant l’existence de la cité d’Hyères datent du Xe siècle. « A cette époque, nous dit M. Alphonse Denis, elle était considérée comme une place très—forte, et on lui donnait le nom de nobile castrum Aræarum. » En 970, elle appartenait au vicomte Pons de Fos, seigneur de tout le littoral compris entre l’embouchure du Rhône et les montagnes connues aujourd’hui sous le nom de montagnes des Maures.

Pendant les siècles qui suivirent, l’histoire d’Hyères fut celle de la plupart des villes du monde féodal. Vainement les bourgeois du castrum essayèrent-ils de se libérer et de se constituer en commune libre à l’exemple de leurs puissants voisins les Marseillais, ils furent vaincus par le seigneur de Fos et retombèrent dans la servitude. Puis la guerre éclata entre le suzerain et le vassal. Le comte de Provence, Ildefonse Ier, réussit à s’emparer par ruse du château d’Hyères ; mais le seigneur Amelin de Fos, appelé communément le Grand-Marquis, défit les troupes de son suzerain en bataille rangée et força la garnison provençale du château à capituler. Cet événement se passait en 1192. Les habitants d’Hyères restèrent sujets de la maison de Fos, et ne changèrent de maîtres que plus d’un demi—siècle après la défaite du Comte Ildefonse Ier. Le conquérant de leur ville fut le célèbre Charles d’Anjou.

Devenu comte de Provence par son mariage avec l’héritière Béatrix, le prince français voulut affirmer son droit de suzeraineté en faisant la conquête de tous les domaines appartenant à ses vassaux. Roger d’Hyères, Bertrand de Fos et leur sœur Mabille, occupaient alors Hyères, son château et ses îles. Le comte de Provence, oublieux de la généreuse hospitalité que les seigneurs d’Hyères avaient accordée en 1254 à son frère saint Louis lors de son retour d’Orient, leur manda « de vuider et lui quitter promptement tant le château fort que la ville avec tout ce qu’ils tenoient induement. » Les petits—fils du Grand-Marquis refusèrent de céder leur seigneurie et se préparèrent aussitôt à la résistance. Pendant cinq mois ils tinrent en échec les troupes de Charles d’Anjou, et ne capitulèrent qu’à la condition de recevoir, en échange du territoire d’Hyères, vingt-deux villes ou villages donnant chaque année un revenu de 10000 sols provençaux. Le traité, par lequel le petit État d’Hyères prenait fin pour être englobé dans les vastes provinces du frère de saint Louis, fut signé le 15 octobre 1257. Par ce traité, les seigneurs d’Hyères cessaient d’être indépendants, et Roger, devenu simple gentilhomme de Charles d’Anjou, dut suivre son nouveau maître pour l’aider à conquérir la Sicile.

Il paraît que les habitants d’Hyères ne perdirent pas au change, car,sous la domination de la maison d’Anjou, ils parvinrent, après diverses vicissitudes politiques, à reprendre ou à racheter leurs libertés municipales. Au commencement du XIVe siècle, Hyères était une des villes les plus importantes de la Provence : elle occupait un rang supérieur à celui de Toulon. D’après la tradition et un manuscrit du temps, il paraîtrait même que, en l’année 1530, la ville d’Hyères, devenue française depuis quarante-neuf ans, envoya un certain nombre de manants pour repeupler la ville de Toulon, dont presque tous les habitants avaient été emmenés en esclavage par les Turcs. Ceux-ci ravagèrent souvent les campagnes d’Hyères, mais la ville elle-même fut toujours respectée. Charles-Quint, André Doria, n’essayèrent point de s’en emparer; plus tard Barberousse vint y séjourner comme allié de François Ier.

Peu de temps après la visite de Catherine de Médicis et de Charles IX à Hyères, les huguenots de cette partie de la Provence, en butte aux plus atroces persécutions, furent obligés de s’armer pour la défense de leurs droits. Soutenus par les populations qui désiraient avant toutes choses le rétablissement de l’ordre, les religionnaires, qu’on appelait généralement rasats ou rasés en jouant sur le nom de leur protecteur, le maréchal de Retz, remportèrent la victoire en plusieurs rencontres. La ville d’Hyères se déclara en leur faveur ; mais les Ligueurs, mieux connus sous le nom de carcistes à cause de leur chef, le comte de Carcès, se maintinrent dans le château d’Hyères, et, pendant plusieurs années, on vit flotter les deux drapeaux ennemis sur les murailles de la même cité. Interrompue par une terrible peste, la guerre civile recommença en 1588, et Hyères eut à en souffrir plus que toute autre ville de la Provence. De 1589 à 1596, le château subit trois sièges, et le dernier dura cinq mois. Par ordre du roi Henri IV le château fut démoli ; mais la ville était presque entièrement détruite. « Aussi, pour la dédommager de tout ce quelle avait souffert, et en récompense du dévouement dont elle avait donné un si haut témoignage, le monarque abandonna-t-il pour dix ans les revenus qu’il tirait de cette cité ; de plus, voulant laisser aux habitants une preuve de son affection, il leur fit proposer de transférer leur ville à la presqu’île de Giens ou sur tout autre point de la côte qui pût être à leur convenance. Cette proposition ayant été acceptée, le roi promit d’affecter pendant six années les revenus de ses salines d’Hyères à la construction d’un port. Le contrat fut passé à Marseille ; mais les manants et les habitants d’Hyères se ravisèrent bientôt, et songeant avec raison aux dépenses énormes que cette translation coûterait, à l’insalubrité des nouveaux lieux qu’ils allaient habiter et que bornaient à l’ouest et au nord des marais empestés, aux belles et riches parties du territoire dont ils allaient s’éloigner, ils envoyèrent une députation à Paris pour réclamer la non-exécution de l’acte qu’ils avaient signé si inconsidérément. » Les maisons ruinées furent rebâties les unes après les autres sur l’emplacement qu’elles occupaient autrefois.

En 1661 et en 1664, les habitants d’Hyères résistèrent courageusement aux édits qui aggravaient l’impôt du sel et supprimaient des privilèges locaux solennellement jurés. Louis XIV punit la résistance de la population d’Hyères en lui retirant le siège de justice, en imposant une contribution de guerre considérable et en faisant flétrir la ville tout entière par la main du bourreau. La pierre qui portait la prétendue marque d’infamie était encastrée dans le mur de l’église de Saint-Paul ; mais elle tomba peu de temps avant la révolution de 1789. De pareils procédés, de la part du gouvernement central, n’étaient pas faits pour inspirer un grand patriotisme aux citoyens d’Hyères Aussi ne firent-ils pas la moindre résistance lorsque, en l’année 1707, la flotte combinée d’Angleterre et de Hollande débarqua ses troupes sur les plages d’Hyères. La ville fut transformée en hôpital par les généraux alliés. On n’y compta pas moins de 5000 malades, Allemands et Piémontais.

Hyères est la patrie de Massillon, des deux troubadours Guillaume et Rambaud, de Rostang d’Hyères, archevêque d’Aix, du père Guibaud, auteur de la Morale en action. La famille de Vauvenargues était originaire de cette ville ; mais Vauvenargues lui-même naquit à Aix.

Les Villes D’Hiver de la Méditerranée et Les Alpes Maritimes (Elisée Reclus 1864)

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